Réduction du nombre de postes d’enseignants : bonne ou mauvaise idée ?
Selon le gouvernement, les suppressions de postes ne seraient que la conséquence logique de l’évolution démographique.
Cette affirmation paraît quelque peu paradoxale n’est-ce pas ? En effet, si le nombre de naissances augmente, on assistera à une hausse du nombre d’effectifs par classe, et pourquoi pas, du nombre de classe lui-même. Dans ce cas, pourquoi assiste-t-on à tant d’élimination de postes ?
Et pourtant, début juin, Luc CHATEL Ministre de l’Education, soulignait qu’il y avait 700 000 élèves de moins en France, et 50 000 professeurs de plus, en comparaison au début des années 1990.
Mais rassurons-nous ! Cette tendance à la réduction des effectifs est en train de s’inverser ! En effet, le nombre d’élèves par classe devrait sensiblement augmenter ces deux prochaines années. La cause ? Et bien tout simplement la hausse du nombre de naissances à partir du milieu des années 90, avec un record de 830 000 bébés en 2006 !
Cependant un point noir vient s’ajouter au tableau : les enseignants sont eux en effet de moins en moins nombreux, et les chiffres le prouvent : entre 2007 et 2009, 19 000 suppressions de postes ont été annoncées, puis 16 000 supplémentaires en 2010. Et ce calvaire n’est pas sur le point de s’achever puisque 16 000 nouvelles suppressions devraient intervenir ces deux prochaines années !
« Des restrictions qui préparent assez peu l’avenir » s’alarme l’Inspection générale.
Le gouvernement français compte toutefois aller plus loin, avançant l’argument suivant : la diminution d’effectifs dans les classes n’a pas d’effet avéré sur les résultats, ce qui peut être aisément réfuté grâce à une étude réalisée en 2006 par Thomas PIKETTY et Mathieu VALDENAIRE. En effet, des élèves en moins se traduisent par une augmentation (minime) des points lors de tests. Mais c’est en primaire que cet impact est le plus décisif, c'est-à-dire lorsque se fabriquent l’essentiel des écarts scolaires. Nouveau paradoxe, c’est à ce niveau que le nombre d’élèves par enseignants est le plus élevé…
Pour moi, réduire le nombre d’enseignants ne résoudra pas le souci des effectifs de plus en plus grandissant. Au contraire, dans les classes de primaire, pourquoi ne pas intégrer un enseignant supplémentaire afin d’améliorer l’encadrement des élèves, et pourquoi pas le niveau !
Alexandra BANAL T°ES
Source : Alternatives économiques, numéro d’octobre 2010.
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